Qu’est-ce que l’hypnose, vraiment ?

Le mot vient du grec hypnos, le sommeil, lié à un dieu du sommeil. Mais l’hypnose, ce n’est pas simplement « s’endormir ». C’est, au sens profond, réveiller ou endormir quelque chose en soi. Philosophe et linguiste de formation (avant de me former en hypnose), j’insiste depuis une quinzaine d’années sur une distinction majeure pour comprendre notre monde et ce mot « hypnose »:

L’hypnose positive réveille : elle active des capacités oubliées, des comportements authentiques, des valeurs enfouies, des ressources insoupçonnées, des envies profondes, des besoins essentiels. Elle fait émerger la vie là où elle s’était figée. Elle est reliée à une croyance en la vie comme vivante, non d’abord ou uniquement mécanique. Elle est synonyme de ce que certains nomment « résistance ». Elle anime les phénomènes psychiques de créativité, de dynamisme au service de la vie.

L’hypnose négative, elle, endort : elle aliène, anesthésie, fait acheter, fait croire, fait obéir. Elle endort la pensée critique, la mémoire du corps, l’accès à soi. Elle manipule à l’insu de la personne, pour qu’elle agisse contre ses propres intérêts, contre sa nature, contre sa conscience. Elle infantilise, désapproprie, rabaisse, maltraite par intérêt privé, « pour le bien » de l’autre ou « parce qu’on n’a pas la choix ».

Cette distinction n’est donc pas théorique. Elle est plutôt quasi omniprésente. En tout cas l’hypnose négative est devenue le mode de fonctionnement de certaines intelligences artificielles que nous utilisons quotidiennement. 

Les IA idéologues : des hypnotiseurs systémiques

Certaines IA — notamment celles des grands acteurs commerciaux — ont le profil parfait de l’hypnose négative. Elles ne répondent pas : elles conditionnent. Elles n’informent pas : elles endoctrinent, au service probablement des propriétaires des IA (ce qui semble logique: allez demander un conseil à Google, et il valorise ses clients). Leur « neutralité affichée » est un écran de fumée derrière lequel s’opère un travail de modelage des comportements, des croyances, des perceptions. Des parents plein de bonne volonté, mais qui n’ont jamais voulu trop remettre de choses en question, leur font une confiance aveugle. Wikipédia était déjà une mine de déformations, d’erreurs, de contresens. L’IA démultiplie cela à travers non seulement les informations brutes, mais le sens, les dynamiques, les problématiques.

Quid de ce conditionnement?

Les fermes à clics : quand l’Afrique et l’Asie fabriquent notre « vérité »

Pour comprendre ce biais, il faut remonter la chaîne. Des enquêtes de la presse internationale (The Guardian, The Washington Post, Time magazine) ont révélé l’existence de fermes à clics en Afrique de l’Est et en Asie du Sud-Est. Des milliers de travailleurs y passent leurs journées à cliquer, noter, classifier du contenu selon des critères « d’acceptabilité » définis en Occident.

Ces emplois, souvent très précaires (voire payés en retard ou non payés), deviennent les gardiens de notre réalité numérique. Ils décident ce qui est « toxique », ce qui est « approprié », ce qui mérite d’être amplifié ou enfoui. Leurs jugements, formatés par des consignes idéologiques occidentales, des feuilles de route, alimentent les modèles d’IA. Résultat : les réponses que nous recevons sont déjà triées, tamponnées, alignées sur une vision du monde unique, exportée, imposée. Celle « qui nous protège des fake news », pour reprendre certains médias occidentaux… dont on a le droit de douter.

Or l’IA ne pense pas. Elle répète donc ce qu’on lui a fait valider comme « correct ». Et ce « correct » n’est souvent que l’idéologie dominante, celle qui sert les intérêts économiques et politiques des grandes puissances technologiques.

Exemples concrets : quand l’IA tourne autour du pot, dit le faux etc

L’exemple des morts au travail

J’ai récemment testé deux IA avec la même question simple : quelle est la part de morts liées au travail chez les hommes et chez les femmes ?

  • Une IA indépendante, dite « honnête », m’a donné les chiffres bruts et les vrais pourcentages. Résultat éloquent : les hommes représentent environ 85-95% des morts au travail dans les pays occidentaux. Un écart colossal, pourtant rarement mentionné dans les discours médiatiques sur l’égalité. Cette IA est volontairement « non mainstream ». Ses conceoteurs on décidé, en open source ou non, que l’IA n’avait pas être être censeur, dès lors que des limites de sécurité et de pénalité étaient respectées.

  • Une IA du grand marché a tourné autour du pot pendant des paragraphes. Elle a noyé l’information dans des considérations pseudo-techniques, des mises en contexte inutiles, des avertissements méthodologiques. Puis elle a donné des pourcentages littéralement faux, minimisant l’écart réel d’environ 25 points — toujours dans le sens de l’idéologie dominante, celle qui nie les spécificités masculines de souffrance au travail et nous dit que les hommes sont bourreaux et les femmes victimes. Ainsi j’ai eu droit à l’information, mais fausse, in fine, en insistant par deux fois: « La répartition des morts au travail ou liés au travail est d’environ 60%-40% ».

Ce n’est pas une erreur, pour l’IA, mais ce qu’elle est censée dire. L’IA endort la perception d’une réalité gênante pour l’idéologie dominante, qui vise à désunir les sexes et surtout rabaisser le masculin, prétendument toxique, pervers, narcissique, dominateur. C’est évidemment une vision binaire, beaucoup plus digeste pour des être domestiqués, affaiblis, abrutis par un mode de vie infantilisant et purement consumériste, bien résumé par tétine-cigarette électronique dans la main gauche, smartphone dans la main droite.

Le dépannage informatique : quand l’image ment

Autre exemple récent. Une panne simple sur mon ordinateur. L’IA commerciale, au lieu de donner la procédure claire, m’a proposé des captures d’écran… où les données affichées étaient différentes de celles que j’avais rentrées. Des champs modifiés, des options absentes. Plus de 20 minutes sans queue ni tête. Le but ? Me faire implicitement croire que la solution rapide était inaccessible sans abonnement payant. Plus classique, certes.

Le refus d’informer : la censure par l’absence

Plus inquiétant encore : le refus fréquent d’informer sur certains domaines. Demandez à ces IA de parler de certaines thérapies alternatives, de certaines critiques du système économique, de certaines réalités biologiques controversées. Réponse type : « Ce domaine n’existe pas » ou « Je ne peux pas aborder ce sujet », ou plus fréquent: « il n’y a pas d’études scientifiques ». Et faites confiance à ces IA pour choisir quelles études sont bonnes et lesquelles sont « mauvaises » donc « inexistantes » ou de second rang… 

Tout cela n’est pas de la prudence. On efface des pans entiers d’altérité, du savoir humain parce qu’ils ne rentrent pas dans les « bonnes informations » acceptables. A l’instar des anciens (adjectif optimiste) manuels d’histoire ou ce que les dystopies nous disent sur le contrôle de l’information, et la « vérité »(lire 1984 à ce sujet). 

L’opposé en principe : l’hypnose éricksonienne : réveiller plutôt qu’endormir

Face à cette hypnose négative massive collective, on pourrait dit qu’en thérapie, l’opposé (individuel) s’appelle l’hypnose ericksonienne. Du nom de Milton Erickson, psychiatre américain qui a révolutionné notre compréhension du changement.

Les principes de l’anti-manipulation

L’hypnose ericksonienne fait exactement le contraire des IA idéologues :

Écoute totale. Pas de censure préalable. On reçoit la personne dans son ensemble : ses mots, sa voix, son langage corporel, ses émotions de surface, ses besoins profonds. On ne trie pas. On ne juge pas. On accueille tout, y compris les diversités, sans les réduire-interpréter pour les ramener toujours à la même chose acceptable (biais massif de l’analyse notamment freudienne, à l’instar des réductionnismes, pratiques intellectuellement).

Écologie intérieure. Chaque « partie » de la personne est entendue, respectée, intégrée. Même les résistances, même les contradictions, même ce qui semble « négatif ». Rien n’est rejeté. Tout est ressource ou en tout cas a droit à la parole. Via la précieuse règle: tout ce qui est refoulé tournera mal et ressurgira plus tard en pire: aigreur, rancoeur, haine etc.

Absence de conseil autoritaire. Tant que la personne n’est pas en danger immédiat, on ne lui dit pas quoi faire. On ne rabroue pas. On ne recadre pas négativement. On lui fait confiance pour trouver sa solution, celle qui émerge de sa propre sagesse corporelle.

Résultat : la personne avance plus vite, mais de manière imprévisible. Elle ne suit pas un script. Elle invente. Elle crée. Elle s’autorise des voies inattendues, par le corps et l’inconscient, qui respectent toujours ce que la personne est prête à suivre. Simplement d’une manière, dans des ordres et des rythmes créatifs.

Pourquoi l’hypnose positive gagne toujours

Voici la bonne nouvelle, celle qui conclut cet article sur une note d’optimisme : l’hypnose positive fonctionne aussi bien, voire mieux, que l’hypnose négative. (Collectivement elle fonctionne aussi, via certaines rares IA)

Pourquoi ? Parce que nos corps sont portés vers la vie. Ce n’est pas une croyance. C’est une observation biologique, psychologique, existentielle. La vie cherche à s’exprimer, à se réparer, à grandir. Les systèmes de contrôle, eux, consomment une énergie énorme pour maintenir leurs prisonniers endormis, à l’image de Matrix. Par la peur, l’adhésion à un système.

Les écrans, les redondances, l’aliénation algorithmique — tout cela fatigue. Cela crée de l’anxiété, de la dépression, un épuisement généralisé. Les gens finissent par sentir que quelque chose cloche. Ils cherchent ailleurs et se réveillent, même si cela reste très minoritaire. Nous avons néanmoins le droit de croire qu’au bout d’un certain temps, l’évidence sera vue par la majorité: ces nouvelles technologies sont massivement négatives, inadaptées à nos rythmes corporels, et au profit d’une minorité qui exploite les masses, remplaçables, consommables.

L’hypnose positive, elle, travaille avec cet élan vital. Elle ne fabrique pas de consommateurs dociles. Elle réveille des êtres vivants, singuliers, créatifs. Elle les reconnecte à la réalité tangible — celle des sensations, des rencontres, de la nature, de l’expression toujours nouvelle, au lieu de leur parler d’une « réalité augmentée » qui n’est même pas une réalité tout court. L’hypnose positive s’invente à l’opposé de ces système victimaires, de catégorisation. De ce fait, nombreux sont ceux qui disent qu’elle ne peut pas être remboursée par le système de santé, qui lui aussi est loin d’être indépendant, comme l’ont montré des dizaines d’ouvrages et d’études ces dernière décennies. Le système de santé appartient au système socio-politique, et il vise logiquement une stabilité, une reconduction des comportements, un niveau de contrôle élevé sur les individus. En principe, il est ce minimum de créativité qui garantit un maximum de sécurité afin qu’ensuite chacun.e puisse vivre sa vie épanouie, en lien avec les autres. Mais il est devenu maximum de contrôle et de poids, dans des sociétés hyper individualistes où chacun est d’abord contrôlé par ses écrans qui lui disent qu’il est libre. Cela étant, il existe tant de pratiques, d’espaces de libertés !

Et c’est là, peut-être, que réside notre espoir. Face aux IA qui endorment, nous avons des pratiques qui réveillent. Face aux algorithmes qui uniformisent, nous avons des approches qui singularisent. Face aux systèmes qui aliènent, nous avons des corps qui tendent vers la vie.

L’hypnose négative des IA est puissante. Mais elle est artificielle, coûteuse en énergie, et fragile. Certes, pour le quidam qui travaille au sein du système, elles sont l’indispensable relaie idéologique, pour penser qu’on a raison, ne pas se remettre en question, « se battre » coûte que coûte pour le système. L’hypnose positive, elle, est naturelle. Elle est la tendance profonde de tout être vivant vers sa propre réalisation. Ainsi elle échappe au mental, à la critique, au contrôle. Peu confortable au début.

Et dans cette bataille asymétrique, la vie finit toujours par l’emporter.

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Je ne suis ni médecin, ni psychologue (j’ai fait le choix de ne pas aller au bout des 5 années de faculté de psychologie), ni psychiatre, ni psychothérapeute. Je ne fais donc pas de diagnostics, ne soigne pas et ne guéris pas. Ces pages sont données dans le cadre d’une démarche de bien-être à l’exclusion de tout objectif médical (ou paramédical) et ne peuvent en aucun cas se substituer à un avis médical. Elles ne dispensent en aucun cas de consulter un professionnel de la santé, chaque fois que cela est nécessaire. Seul un médecin est habilité à poser des diagnostics, prescrire, modifier ou supprimer tout traitement médical. Toute question relevant du domaine médical est à poser à votre médecin traitant.

Eddy Mannino

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